LA
NUIT LONGTEMPS
Michel X Côté/Duchesne
Je lance mes oiseaux de
nuit/
qu'ils se posent sans bruit sur la nuque
des femmes qui m'attendent encore/
en dénouant la trame des amours
sans bords/ des amours sans bords/
que s'allument les premiers feux/
des enfants rendus à l'état sauvage
s'éloignent sur le chemin
qui mène au rivage/
ils laissent derrière eux/
mêlée aux brumes de métal
une forte odeur animale
c'est l'heure où le lièvre se jette
sous les roues/ le vent du soir tombe
comme la fièvre/ je peux maintenant
voir toute ma vie d'un seul coup/
toute ma vie d'un seul coup/
j'ai joué ma vie aux pauvres jeux
des pourvoyeurs d'ivresse frelatées/
la nuit longtemps m'a brûlé les yeux/
le désir encore me laisse désenvoûté
nous n'avons que faire des salives
au goût de fer/ et des mains paisibles
nettes et furtives/ nettes et furtives
comme des cibles/ comme des cibles/
la Terre sait tout des malfaisants/
elle les voit venir depuis la nuit des
temps/ ceux qui ont tout prévu sauf
la compassion/ et leur coeur
tout nu sur la table d'opération
nous n'avons que faire d'une blessure/
comme un mirroir où plus personne
ne cherche un visage/
le soleil donne au paysage sa part
d'obscurité sous l'éclat dur
d'un ciel fracassé
la nuit longtemps m'a brûlé les yeux/
la nuit longtemps m'a brûlé les yeux